Jeudi 2 septembre 2010 4 02 /09 /2010 22:36

  Il s’apprêtait à s’allonger, pour une sieste bien méritée, lorsque Wahid frappa à la porte et la poussa. Elle s’ouvrit dans son habituel léger grincement, auquel il se promettait à chaque fois de remédier.
-         Désolé, Salim ! Dit-il, en le voyant allongé. Je ne m’attendais pas à te trouver couché… Il est à peine midi passée ! Tu as déjeuné, au moins ?
-         Oui ! Répondit-il, en se redressant. Je me suis levé très tôt…
-         Je passe prendre de tes nouvelles ! Dit-il, en s’approchant du lit.
… A la demande de ton ami Jawad, le médecin traitant de notre regretté oncle Omar ! Ajouta-t-il. Il voulait savoir si les médicaments qu’il m’a autorisé à t’acheter ont servi à quelque chose !
-         Je vais un peu mieux, oui ! Répondit-il, en achevant de se redresser. - -
-   Non, reste allongé… Je m’en vais ! Dit Wahid. Je dois être en ville avant la fermeture des bureaux… Dans trois jours Samia viendra passer une semaine ici. Ses gosses seront en vacances. J’en profiterai moi-même pour venir passer une fin de semaine ici, et décider avec toi du sort des terres laissées à l’abandon… Si tu n’as pas l’intention de les reprendre en main, autant les confier à quelqu’un qui en profitera et nous en fera profiter ! Ajouta-t-il, en s’en allant.
   Wahid ne cessait pas de surprendre Salim. Le changement qui s’était opéré en lui était radical. De fermier intègre travailleur et reservé, il est devenu un homme d’affaire intransigeant et âpre au gain. Il ne pensait plus qu’en termes de profit.
   Il ressentait une sorte de déception proche du deuil. Il avait perdu ce frère, qui était son préféré, par le modèle qu’il avait constitué pour lui à son retour de la ville. Non pas que ce dernier se désintéressât des siens, car il continuait à être aux petits soins avec le reste des membres de la famille, mais l’engrenage dans lequel il était pris en avait fait un mutant branché exclusivement affaires. « Ca n’en vaut pas la peine ! », avait-il un jour répondu au jeune neveu, lorsque celui-ci avait sollicité son aide matérielle pour créer un mini parc de loisir, avec quelques attractions et un manège pour les enfants du village. 
                                   

                                                    *******

   Il fut réveillé par quelques coups secs frappés à la porte. C’était le jeune assistant du neveu qui lui ramenait son linge, lavé et plié. Il remercia le jeune homme et referma la porte, avant de porter machinalement la pile de linge au niveau de son nez. Une agréable odeur de lavande et de fleurs sauvages monta aussitôt à l’assaut de ses sinus, réveillant en lui des souvenirs profondément enfouis. Sa mère mettait toujours des bouquets de plantes aromatiques entre ses piles de linge propre. Que Dieu ait son âme ! C’était là le genre de souvenirs qui pincent le cœur, arrachant à l’âme une diffuse douleur. En pensant à sa mère il se sentit enfant. Et pourtant, pensa-t-il, il était devenu un jeune vieux… Ou un vieux jeune ! « Tempus edax rerum ! »
   Entre les plis d’une chemise, il trouva un minuscule bouquet séché, attaché avec un bout de laine blanche. Il le porta à son nez et l’arrêta à mi-chemin, au niveau de sa bouche, le serrant tellement fort contre ses lèvres que certaines fleurs tombèrent en miettes.
   « Mina, ma chère Mina ! », prononça-t-il à voix haute, en serrant contre lui la pile de linge, le cœur comprimé par l’amour, que les souvenirs ont attisé. Une déferlante de mélancolie l’envahit. Il rangea la pile de linge et sortit, sans but précis.
   A la sortie du village, il croisa le jeune homme qui l’aidait dans l’enseignement, du temps où l’école prospérait. Il était en compagnie d’un autre jeune homme chez lequel il était en visite. Le jeune homme en question, était un cousin dont le mariage était imminent. Son ex assistant fit les présentations et lui apprit que l’heureuse élue était Fatma, la fille de feu Si-Brahim. La nouvelle ébranla Salim. Il s’agissait de la jeune orpheline qui vivait chez sa tante, jusqu’au jour du déménagement. Avant de rentrer définitivement au village, ils l’avaient placée, à sa demande, chez quelqu’un de confiance : Si-Ali, le vieux compagnon d’arme du défunt oncle. Il l’avait complètement oubliée, cette brave fille. Pensa-t-il avec regret. Il se rappela tout à coup, qu’en l’oubliant, il avait involontairement fait l'impasse sur la promesse faite à la vieille Warda, de veiller sur elle si jamais elle venait à mourir avant de l’avoir mariée.
- Comment va la fiancée ? Demanda-t-il au jeune inconnu.
- Bien, monsieur. Merci ! Répondit ce dernier.
- Passez-lui le bonjour… et dites-lui que les moutons pour la fête, ainsi que les gâteaux et le reste des frais, seront à ma charge ! Dit Salim, visiblement soulagée d’avoir été bien inspiré. La destinée lui offrait là une occasion inespérée de se racheter.
   Le jeune fiancé en était interloqué. Autant une pareille nouvelle le ravissait, autant son visage reflétait l’étonnement et l’incompréhension.
- Fatma est une brave fille qui mérite tout le bien qu’on peut lui apporter… lui expliqua-t-il. Elle a vécu chez ma tante pendant quelques années, avant notre retour au village !
- Je lui ferais part de votre généreux geste ! Dit le jeune homme confus.
- J’espère que vous allez m’inviter au mariage ? Dit Salim, taquin.
- Bien sûr, monsieur… Le mariage aura lieu dans huit jours !
- Je prendrais attache avec sa vieille tante ce soir, pour concrétiser ma promesse ! Ajouta Salim en prenant congé des deux jeunes hommes.

Par eachman
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Vendredi 27 août 2010 5 27 /08 /2010 08:59

Au terme d’une nuit noire,

Sous la porte de ma maison,

Vient percer un rayon d’espoir,

Etranger à cette saison.

 

J’ouvris les yeux, incrédule.

Serait-ce là un messager,

Qui vient me sortir de la bulle

Où le sort m’avait enfermé ?

 

Je me mis à ma fenêtre.

Un beau soleil était bien là.

Indifférent à mon mal être,

Il brillait de tous ses éclats.

 

Oubliant ma longue nuit blanche,

Je m’étirai et lui souris,

Prêt à remplir de dimanches,

Les jours qui restent de ma vie.

 

Après tout, pourquoi s’en faire ?

Que l’on soit beau ou bien moche,

Pauvre ou riche sur terre,

Les linceuls n’ont pas de poches !

 

Alors cumulons les sourires,

Car nulle autre richesse

N’aidera à s’épanouir,

Comme le fait l’allégresse !

-------------------------------------Eachman 27/8/10

Par eachman
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Samedi 21 août 2010 6 21 /08 /2010 16:15

Dans un élan d’omnipotence divine,

Dieu créa la rose … Dieu créa la femme,

Entoura l’une de méchantes épines,

Et l’autre, de convoitises et de drames.

 

Seigneur, est-ce pour rendre la vie plus dure

Que vous avez multiplié les tentations,

Et voué ceux de vos faibles créatures,

Qui y succombent à enfer et damnation ?

 

Les belles choses étant frappées d’interdit,

Quelle que soit la volonté de l’être humain,

Il lui est impossible de passer sa vie,

Chevelu dans l’espoir d’être rasé demain !

 

Vous nous fîtes incapables de résister

Aux charmes multiples de votre création,

Comment voulez vous que l’on puisse exister

Parmi vos appâts sans faiblir de temps en temps ?

 

Qui mieux que vous peut connaître vos créatures ?

Vous savez bien lesquelles de leurs incartades,

Sont assimilables à des forfaitures,

Et celles dues aux cœurs battant la chamade !

 

Quoiqu’en pensent tartuffes et dévots zélés,

Votre miséricorde est bien trop grande,

Pour s’attarder sur toutes nos basses mêlées,

Ou sur les turpitudes de notre monde !

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Par eachman
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Jeudi 19 août 2010 4 19 /08 /2010 12:57

    Au bout de quatre jours de traitement aux antibiotiques, les quintes sèches et irritantes qui lui lacéraient la gorge et les poumons, se transformèrent en une toux fort chargée, qui le contraignit à commander un sirop expectorant à son neveu. Le soir même, celui-ci le lui apporta et en profita pour lui renouveler ses provisions de miel de fleurs sauvages et de citron. La tenace fièvre légère, qui avait perclus de courbatures tout son corps, s’estompait peu à peu. Il se sentait un peu mieux et déjà commençait à penser à sortir. Il avait été très touché par le geste de Mina. C’était l’unique fil susceptible de le ramener à la réalité. Il l’avait effectivement aidé à sortir d’un grand trou noir. Il réalisait à présent, qu’il s’était volontairement laissé sombrer dans une sorte d’amnésie qui aurait pu, avec le temps, l’isoler durablement du monde réel.

   Il faisait durer autant que possible les olives qu’elle lui avait envoyées. Il en prenait une petite poignée chaque soir, pendant le diner, juste avant les médicaments. C’était une sorte de rituel qu’il considérait comme partie intégrante de son traitement. Après avoir dîné, il s’allongea sur son lit et s’abandonna à son rêve favori : retrouver Mina à l’endroit habituel, derrière la haie de leur jeunesse. Il n’avait même pas besoin de fermer les yeux, pour plonger dans les irréelles couleurs chatoyantes de leur passé. En quelques secondes, ses ronflements, favorisés par des bronches et sinus bouchés, ainsi que par la position sur le dos, remplissaient les lieux. 

   A son réveil, le matin de bonne heure, la sensation d’irritation à la gorge avait presque entièrement disparue. En outre l’étau qui lui serrait la tête au niveau des tempes avait lâché prise. Il se sentit tellement bien qu’il aurait volontiers rattrapé le retard enregistré au niveau du jardin potager, abandonné depuis plus d’une semaine, n’eut été l’état du sol, trempé par une fine et incessante pluie qui doit avoir commencé à tomber au milieu de la nuit. Il pensa à aller faire un tour au magasin,  mais sa montre n’indiquait que sept heures du matin. Wassim n’ouvrait jamais avant huit heures. Il retourna s’asseoir et se versa un deuxième café crème.

   S’étant couché très tôt, la veille, il s’était réveillé aux premières lueurs de l’aube, mais était resté au lit, le temps de rêver encore un peu et de faire le point de la situation. Sa décision était d’aller faire écho au noble geste de Mina, en lui envoyant quelques provisions.

   La fine pluie venait de s’arrêter, cédant aussitôt place à de timides rayons de soleil. Il se leva et alla chercher confirmation de l’embellie à sa fenêtre. Le ciel se dégageait progressivement. Il fera beau avant midi, pensa-t-il, en retournant ramasser le plateau ayant servi au petit déjeuner. Après avoir versé le café restant dans un thermos, il lava la tasse et la cafetière et sortit mettre à exécution sa résolution.

   Un fond d’air frais subsistait encore, malgré le soleil qui avait de nouveau affirmé son emprise sur le village en égayant les contours. Salim remonta le col de son blouson et se dirigea vers le magasin. L’assistant de Wassim était encore en train de sortir brouettes, outils et autres produits encombrants, qu’ils entassaient à la fermeture dans le petit espace réservé aux clients, et qu’ils exposaient chaque jour dehors.

   Les yeux encore bouffis de sommeil, son neveu l’accueillit avec un large sourire :

-         Bonjour, Tonton ! Quel plaisir, de te revoir debout !

-         Bonjour, Wassim ! Donne-moi un carton ou un sac assez grand, dit-il, l’air pressé, en passant derrière le comptoir où il s’arrêta un instant face aux étagères, question de se repérer.

   Dès que le jeune homme lui remit le carton, il commença à y entasser sucre, café, boites de conserves, confiseries et tout ce qu’il put y caser. Lorsque le carton fut rempli, il prit un petit sachet et y mit un flacon d’eau de Cologne, du savon et quelques autres produits de toilette.

-         Tu mets du parfum, tonton ? Demanda Wassim étonné, car aucun homme au village n’irait jusqu’à mettre un tel produit, réservé à la beauté féminine.

-         Ce n’est pas pour moi ! Répondit-il, d’un air évasif, en posant le sachet par-dessus les autres produits, dans le carton déjà plein.

… Dès que tu le pourras, livre ce carton à Mina… pour la remercier ! Ajouta-t-il, comme pour se justifier, avant de quitter le magasin.

   Il s’était changé et s’affairait sans se forcer, dans son jardin, lorsque Wassim se dressa devant lui.

-         Tonton, Dit le jeune homme, elle a commencé par refuser de prendre livraison du carton, arguant du fait que même si c’est pour la remercier de son geste comme je lui ai dit, c’était trop… Mais face à mon insistance, et après réflexion, s’empressa-t-il en voyant la mine attristée de son oncle, elle a posé comme condition que tu lui confies quelque chose à faire pour toi, en contrepartie, comme laver du linge, repriser, rafistoler, tisser…

   Salim n’était qu’à moitié étonné. C’était méconnaître Mina que de croire qu’elle allait accepter aussi facilement. Il réfléchit un instant, cherchant à trouver quoi lui confier comme tâche. Samia avait lavé tout son linge sale, avant de partir.

   N’ayant rien trouvé, il alla prendre dans sa grosse caisse à outil le vieux burnous, encore couvert de boue, depuis le jour où il s’était fait éconduire, qu’il avait roulé en boule et caché là. Il y ajouta un drap, qu’il prit sur son lit, et une combinaison de travail, déchirée de la poche au genou quelques mois plus tôt en descendant du vieux figuier. Il y avait grimpé pour cueillir les derniers fruits, inaccessibles à la longue perche dont les paysans se servaient pour atteindre les fruits des cimes des arbres, et dont le bout était muni de trois branches de quelques centimètres, en forme de trépied, où ils coincent le fruit avant d’opérer le demi tour de vis qui détache le fruit. Il enveloppa le tout dans le drap et le confia à son neveu.

-         Donne-lui ça, en attendant ! Lui dit-il.

   Wassim s’éloigna, pour revenir dix minutes plus tard remettre à son oncle deux galettes de semoule et une autre faite à base d’œufs et de miel, appelée en « tamazight », la langue initiale authentique du pays, « thah’boult timellaline ».     

Par eachman
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Mardi 17 août 2010 2 17 /08 /2010 01:33

 

Au tournant d’une rue, un regard las se pose

Nonchalamment sur les êtres et sur les choses…

Un cœur vigoureux mais triste bat par défaut,

Pour avoir toujours trouvé, mais pas ce qu’il faut !

Il a depuis quelques temps cessé de chercher

Les plaisirs et les joies simples mais démodés.

Baladant son indulgence de rue en rue,

Il forçait ses exigences de mue en mue.

Mais au moment où il s’y attendait le moins

Une rafale de cils le cloua dans son coin.

Son cœur blasé s’emballa puis rendit l’âme

Victime d’une ravissante dame !

---------------------------------------------------------------Eachman

Par eachman
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